Le Saint Suaire de Cadouin

L’abbaye de Cadouin est intimement liée au pseudo Saint Suaire de la tête du Christ, Saint Suaire qui assura la vitalité de l’abbaye et plus de 700 ans de pèlerinage. Suaire qui s’est avéré, bien plus tard, être une étoffe musulmane des environs de l’an 1100.

C’est en 1119 que l’abbé de Pontigny envoie douze moines à Cadouin, et la construction de l’abbaye commence aussitôt. Elle sera terminée en 1154, date de sa consécration. Le cloître actuel a été reconstruit au XVe siècle.

  • Origine du Suaire.

L’origine du suaire de Cadouin est mal définie. D’un côté, les documents (chartes, actes officiels) concernant l’abbaye de Cadouin ne le mentionnent pas tout au long du XIIe siècle, et même en 1201, il est ignoré. Ce n’est qu’en 1214 qu’un acte de Simon IV de Montfort, favorable à l’abbaye, le mentionne.

La relique était entrée en possession d’Adhémar de Monteil, évêque du Puy qui l’aurait obtenue à la prise d’Antioche (1098), lors de la première croisade (1095-1099).

Pour plus de détail sur le Suaire

Le Saint Suaire de Cadouin
(Photo archives départementales de la Dordogne)

Le Saint Suaire de Cadouin
(Photo archives départementales de la Dordogne)

St Louis à Cadouin, vitrail de l'abbatiale

Saint Louis vénérant le Saint Suaire.
(vitrail de l’abbatiale)

  • Saint Louis à Cadouin.

Dans un récit du chanoine TARDE il est question de la venue de Saint Louis à Cadouin en 1269. En fait, le roi ne vint pas à Cadouin à l’occasion de son départ en croisade. Il part par Melun, Vezelai, Lyon et Nîmes pour embarquer à Aigues-Mortes. Par contre, il s’est rendu à Caen en 1269 – Cadomum, et non Cadouin – Caduinum ou bien Cadunium.

Un des vitraux de l’abbatiale retrace ce soi-disant passage de Saint Louis à Cadouin.

  •  Pèlerinages et querelles de dépositaires.

C’est au cours de la guerre de Cent Ans que le Saint Suaire conquiert sa renommée.

Les dévastations auxquelles se livrent les gens de guerre incitent tout naturellement les moines à demander au pape aide et protection. Ils le font au nom de leur relique, et les papes multiplient les faveurs.

  • En 1344, Clément VI accorde un an d’indulgences à ceux qui visiteront le Suaire entre le dimanche de la Passion et celui de Quasimodo.
  • En 1368, Urbain V octroie, pour dix ans, cinq années d’indulgences à ceux qui se rendront à Cadouin et y feront une aumône aux fêtes de la Nativité, de la Circoncision, de l’Épiphanie, de la Résurrection, de l’Ascension, du Corpus Christi, aux quatre fêtes de la Vierge, à la saint Pierre et saint Paul, ou encore entre le mercredi des Cendres et le dimanche de Quasimodo.
  • En ajoutant à ces cinq ans, cinq quarantaines et en fixant le terme de l’indulgence à 20 années, Grégoire XI précise que « le Suaire de N.-S. est vénéré à Cadouin et que la dévotion attire vers lui une grande foule ».

En 1392, pour empêcher les Anglais, tenus pour schismatiques, de s’emparer du Suaire, l’abbé Bertrand de Moulins le porte à Toulouse. L’archevêque de cette ville, neuf évêques et plus de trente mille fidèles assistent à la cérémonie au cours de laquelle la relique est déposée dans l’Église du Taur. Près de cette église, les chanoines de la cathédrale Saint-Etienne achètent une maison où viennent se loger l’abbé et quelques religieux de Cadouin, et les offrandes des fidèles permettent bientôt d’y adjoindre un oratoire.

Après pas mal de difficultés, un passage à Paris à la demande de Charles VI pour obtenir une guérison, le Saint Suaire revient à Toulouse.

En 1455 le Suaire est de nouveau à Cadouin, de jeunes moines le dérobent à Tolouse sur ordre de l’abbé Pierre de Gaing qui veut relever de ses ruines Cadouin.
Pour éviter un vol par Toulouse l’abbé le confie à l’abbaye cistercienne d’Obazine.
Il fallut une intervention personnelle de Charles VII, en 1401, pour obtenir que les moines Limousin rendent à ceux de Cadouin leur précieux dépôt (10 juin 1463).

Si Toulouse et Obazine tiennent si fort au Suaire, c’est qu’il connaît à cette époque une extraordinaire renommée.

Le saint Suaire en procession à Toulouse.
(Vitrail de l’abbatiale)

La résurrection, au-dessus du chœur.

Un jeune homme ressuscité par le Saint Suaire.
( Vitrail de l’abbatiale)

Plusieurs miracles lui sont attribués durant son séjour à Toulouse, et ils ont tous les caractères de l’authenticité la plus absolue. Évêques, papes et rois ne refusent plus rien aux religieux qui sont ses gardiens.

Louis XI étant à Poitiers se fit apporter le Suaire.

Les pèlerins affluent, et parfois les plus nobles. Madame d’Angoulême douairière vient à Cadouin en mai 1491 ; deux ans plus tard, c’est M. de Vaucourt qui entreprend même pèlerinage au nom de la reine elle-même.

Le cloître est en grande partie reconstruit, et, dans ses sculptures, le Suaire est partout exalté ; il est au centre même de la belle Résurrection qui éclaire, dans l’église, l’arrière-chœur.

La liturgie n’est pas indigne de ce cadre et les manuscrits qu’a conservés Cadouin jusqu’à nos jours nous livrent les admirables chants des vieux moines ; il n’en est pas de plus beaux que ceux de l’office du Suaire.

Les ostensions solennelles ont lieu chaque année le 8 septembre ; mais c’est le deuxième dimanche après Pâques que se célèbre cet office sous le titre solennel majeur. Notons en passant que, jusqu’à la Révolution, il y aura deux offices du Suaire ; le plus ancien, celui que les religieux montreront à Mgr de Lingendes, est selon le rite bénédictin ; l’autre, de rite romain, a été donné au clergé séculier, d’abord par les évêques de Sarlat, puis par ceux de Périgueux.

La fin du XVe siècle fut l’époque la plus brillante pour Cadouin.

Châsse de procession.

C’est dans cette châsse que le Saint Suaire était présenté aux pèlerins. Le reste du temps il était enfermé dans un coffre d’acier et de cuir suspendu à 2 chaînes sous la résurrection dans l’abside.

Ostensions solennelles dans les rues de Cadouin.

  • Les malheurs nouveaux qu’entraînent les guerres de religion.

Ce que nous savons touchant la relique entre 1543, date de la fondation d’un obit par l’abbé Geoffroy d’Estissac, « par dévotion pour le Saint Suaire » et l’année 1643 — un siècle — confine à peu près à rien. À peine voit-on que le Suaire a été caché pendant six ou sept ans au château de Montferrand pour le soustraire aux profanations des religionnaires, et qu’il est à Cadouin lorsque, en début du XVIIe siècle, le monastère, abandonné par les religieux, n’est plus qu’une « ferme fortifiée » aux mains de quelques soudards.

Au XVIIIe siècle, son histoire est sans éclat. Et peut-être est-ce au demi-oubli où est tombé le Suaire que le maire de Cadouin, Bureau, et son gendre, Soulier, propriétaires de l’église depuis 1791, doivent de pouvoir l’enlever (1793) et le tenir caché aussi longtemps qu’il est nécessaire. Jusqu’au jour où, le 8 septembre 1797, dans l’église rouverte, reprennent les solennelles ostensions. La dernière est de septembre 1933.

  •  Authenticité.

En résumé, disions-nous, nous savons qu’il est à Cadouin, en 1214, un Suaire vénéré ; nous ne pouvons pas nier son authenticité que tendraient à prouver les miracles, mais l’absence de tout document nous interdit absolument de l’affirmer.

Ainsi donc, l’authenticité matérielle de l’étoffe qui n’est plus garantie, en 1903, que par quelques livres d’histoire est formellement mise en doute, en 1920, précisément pour des motifs historiques.

Depuis, moins de dix ans se sont écoulés, et le Saint Suaire n’est plus qu’un « pseudo-linceul ».

Au début de septembre 1934, les journaux régionaux, à la suite de la Croix du Périgord, annonçaient que la fête du Suaire, ordinairement célébrée le mardi suivant le 14 septembre, n’aurait pas lieu. On sait pourquoi.

Le Père Francez, poursuivant une étude sur l’ensevelissement du Christ, est amené à étudier le linge de Cadouin.
Sur une photographie du Suaire, il croit reconnaître, dans les bandes ornementales, d’abord l’étoile à huit branches caractéristique de l’art copte, ensuite des caractères coufiques, qui sont une forme d’écriture arabe. Les étoiles sont dans la partie centrale des deux, bandes les plus larges ; les inscriptions, dans chacune de ces deux bandes, se développent de part et d’autre des rangées d’étoiles. Une étude plus approfondie permet bientôt au Père Francez d’établir que le Suaire est une toile du temps des Fatimites (969-1171).

Le détail de la bande brodée la plus large.

Il fait alors appel à M. Wiett, directeur du Musée arabe du Caire. Et celui-ci peut lire, sans difficulté, sur les quatre cordons de 16 millimètres, une inscription qui permet de situer et de dater exactement l’étoffe. Après l’invocation rituelle à Allah, on lit le nom de Musta-Ali, calife d’Egypte de 1094 à 1101, et de son ministre El Afdal. Dés lors, il est certain que la toile a été tissée en Egypte, peut-être dans le même atelier que ce que ; l’on prenait jadis à Apt pour un voile de sainte Anne, mère de la Vierge.

Le Père Francez admet la translation à Cadouin dès la 1ère croisade. Il nous parait au contraire impossible, en dehors des motifs d’ordre historique que nous avons donnés, qu’on ait pu faire passer pour un linge du 1er siècle une étoffe qui venait d’être fabriquée.

Qu’importe d’ailleurs, maintenant ? Le « Suaire » de Cadouin — voile d’honneur, huméral ou simple plaid n’est pas autre chose qu’une étoffe musulmane des environs de l’an 1100, ce qui est ni plus ni moins que quelque chose de rare.

  • Cadouin sur le chemin de Compostelle.

L’abbaye de Cadouin se trouve sur le chemin de Compostelle qui part de Vezelai et passe par Périgueux et l’abbaye de Saint Avit Sénieur. C’est à ce titre que l’abbaye fut inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 1998.

On peut penser que la notoriété du Saint Suaire y est pour quelques chose.

Cette histoire est tirée de l’article de Jean MAUBOURGUET paru dans le Bulletin SHAP, tome LXIII (1936) pp. 348-363. (lien ci-dessous)

Les documents d’archive de Guyenne.

Le pèlerinage en 1903 ou 1904 par Michel CARCENAC

Saint Jacques de Compostelle.

Un écu qui lie : 3 coquilles de St Jacques, Notre-Dame de Cadouin, la crosse de l’abbé et 2 hermines bretonnes.

Print Friendly, PDF & Email
Share This